Actu-Art 

 

Octobre 2003

"Pax Ominibus"

acrylique sur toile

1981

100x100 cm

 

 

 

    Saülo Mercader a peint ce tableau à New York. Cette Amérique, terre promise de la démocratie, pays de la liberté, qui se retrouve noyée dans les communautarisme de toutes sortes. Point de république en Amérique mais une cohabitation de strates d’une société où certains se posent en groupe de pression, de « lobby ».

    Les personnages de la scène regardent pourtant tous dans la même direction. Que regardent-ils ?

    Ce tableau m’a frappé à l’heure où, en France, chacun parle de la laïcité.

    Et quelle plus belle représentation pourrions-nous donner à la laïcité que cette toile ?

    Car la laïcité est une valeur universelle.

    Elle part du principe que chacun d’entre nous vit dans deux sphères : la sphère privée et la sphère publique, et que l’une et l’autre ne doivent pas interférer.

    Dans notre sphère privée, nous sommes être humain avec nos convictions politiques, religieuses, philosophiques, en particulier.

    Dans la sphère publique, nous sommes citoyens de la République, c'est-à-dire libres et égaux en droits. Nos convictions ne sont pas remises en question mais ne nous ouvrent aucun privilège par rapport aux autres, ni le droit de devenir ostentatoire.

    La laïcité se fonde sur le respect des autres.

    Elle ne touche pas seulement les croyances religieuses, même si le débat actuel semble privilégier ce domaine. Elle défend aussi l’égalité des sexes, des origines, des cultures et mœurs.

    En prenant pour principe l’égalité des citoyens dans la société elle ne prend pas en compte les communautarismes et divers groupes de pressions comme différents de l’ensemble des citoyens.

    La laïcité est le ciment de la République, elle est valeur universelle parce qu’elle dépassionne et assagit la gestion d’une société.

    Tous les hommes du tableau regardent dans la même direction.

    Leurs différences semblent gommées. Le triptyque de notre République semble émerger de leur expression : Liberté, car rien ne les force à regarder dans cette direction, Egalité, car ils sont tous au même niveau, Fraternité car ils sont côte à côte et regardent ensembles.

    Ils semblent éclairés par ce qu’ils observent. Mais que regardent-ils ?

    Sans doute cette valeur universelle qu’est la laïcité. Ce principe qui a manqué à tant  dans le passé, et encore malheureusement aujourd’hui.

    Si la laïcité avait été appliquée, comment imaginer ces épisodes si tragiques de l’histoire de persécutions, de guerre de religion, de discriminations, de génocide .

    Si la laïcité était appliquée, comment pourrions-nous justifier les grands conflits de notre époque, en particulier ceux Irak ou du Moyen-Orient ?

    Et toi, Saülo, tu le sais bien par ton parcours. Pendant toute cette période noire que tu as vécue, tu aurais sans doute aimé regarder avec tes personnages du tableau cette lumière.

    Cette lumière qui nous dit que l’intérêt personnel n’est jamais supérieur à l’intérêt général, et qu’il n’existe pas de race mais simplement des hommes.

                                            Christian Bruon